IMERYS INSIGHTS Défier les vagues, pulvériser les records

Défier les vagues, pulvériser les records

Affronter les vagues de l'Océan à bord d'un voilier offre un mélange de liberté et de griserie que l'on ne retrouve dans pratiquement aucune autre discipline sportive. Mais pour le champion Phil Sharp, l'aventure ne se résume pas aux émotions fortes : il espère que les technologies de pointe qu'il teste sur ses navires contribueront à décarboner la navigation de plaisance.

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Phil Sharp, l'un des plus grands navigateurs de haute mer britanniques, a d'ores et déjà établi un record mondial pour la traversée de la Manche en solitaire sur monocoque. Il se lance aujourd'hui avec Imerys dans un projet dont l'impact pourrait largement dépasser la simple performance nautique.

Avec l'Energy Challenge, une initiative audacieuse axée sur l'innovation et l'efficacité énergétique, Phil s'est donné pour ambition de naviguer sans dégager la moindre émission de CO2, allant même jusqu'à se passer de moteur auxiliaire diesel.

L'équipe de l'Energy Challenge teste actuellement un système autonome d'énergie hydrogène-électrique qui pourrait un jour remplacer les combustibles fossiles pour alimenter les instruments de bord des voiliers. La division Graphite & Carbone d'Imerys est au cœur de ce projet, fournissant la poudre de graphite et le carbone entrant dans la fabrication des batteries lithium-ion légères et à haut rendement qui stockent l'électricité. Avec l'aide d'Imerys Toiture, Imerys Fused Minerals participe également au développement de panneaux solaires antidérapants novateurs qui sont installés sur le pont du bateau et sur lesquels Phil peut se déplacer en toute sécurité. La bonne nouvelle, c'est que la solution anti-dérapante développée a, en outre, permis un accroissement de 10% de la capacité d'absorption des panneaux solaires !

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Parcours, en milles nautiques, de la Transat Jacques Vabre qui partira du Havre le 5 novembre pour rallier le Brésil.
L'un des objectifs majeurs de l'Energy Challenge est d'accélérer la décarbonisation de la filière nautique, dont Phil estime qu'elle est encore à la traîne par rapport à d'autres domaines. « Cette technologie répond pour nous à un double objectif : d'abord, permettre aux navigateurs de disposer de meilleures sources d'énergie en mer ; ensuite, et surtout, démontrer la faisabilité d'une transition vers des technologies durables dans le secteur maritime », explique-t-il.

En tête de l'édition 2017 du championnat Class40, dont le programme prévoit des courses au large, une traversée de la Manche et une transatlantique, Phil démontre avec force le potentiel des solutions technologiques zéro émission.

Dès l'amorce de la saison, il a remporté sur son voilier Imerys la première épreuve du championnat, le Grand Prix Guyader, trois jours de régates intenses dans la baie de Douarnenez, et signé dans la foulée une deuxième victoire dans la Normandy Channel Race, course en double avec son co-skipper espagnol, Pablo Santurde.


L'aventure ne s'arrête pas là. Début juillet 2017, Phil s'est octroyé la 2e place de la course Les Sables-Horta-Les Sables, un parcours de 2 540 milles nautiques semé d'embûches à travers le golfe de Gascogne pour rallier l'archipel des Açores. Fort d'une autre 2e place dans la Rolex Fastnet Race, Phil sort vainqueur du Trophée européen Class40 2017...  une victoire sans émission de CO2 et qui s'appuie uniquement sur des énergies renouvelables.
Mais c'est en novembre que débutera l'épreuve mythique : la Transat Jacques Vabre. Ce challenge de 4 350 milles, qui pourrait prendre aux compétiteurs de Class40 plus de trois semaines à boucler, emprunte un parcours notoirement difficile au départ du Havre et à destination de Salvador de Bahia au Brésil, refaisant à l'envers l'itinéraire des clippers qui, au début du xixe siècle, transportaient le café du Brésil vers la France. 
«Il y a quelque chose de très exaltant à se dire que l'on utilise une énergie propre.  

Le solaire pour remplacer le diesel 

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mètres carrés de panneaux solaires sur le voilier Class40 de Phil.
Phil a commencé à s'intéresser aux énergies renouvelables lorsque, juste avant le départ de sa première course transocéanique entre la France et le Brésil, son moteur diesel est tombé en panne. Plutôt que de racheter un moteur, il a alors choisi d'équiper son navire de panneaux photovoltaïques. « Il y a quelque chose de très exaltant à se dire que l'on utilise une énergie propre, affirme-t-il. On dispose en outre d'une source d'énergie inépuisable – à condition de savoir parfaitement gérer sa consommation. »

Son rapprochement avec Imerys a commencé en 2016 à travers un partenariat technologique avec la division Graphite & Carbone et la division Roofing. En 2017, la société Imerys a signé avec lui un accord de sponsoring, lui renouvelant son soutien pour trois ans. 

Une vie en mer

Si l'avenir de Phil s'oriente vers les énergies propres, son passé est intimement lié à la mer. Originaire de l'île anglo-normande de Jersey, il a grandi dans un cadre idéal pour se mesurer aux vagues et à l'Océan – d'autant que ses parents et grands-parents étaient eux-mêmes de grands amateurs de voile. À ses débuts pourtant, il n'avait pas réellement le pied marin. « Tout petit, déjà, je suivais mes parents dans leurs sorties hauturières, mais j'avais toujours le mal de mer, avoue-t-il. C'est à l'université que je me suis découvert une passion pour la compétition : en fait, ce qui me plaisait le plus dans la voile, c'était la course. »

À la faveur de ses études de génie mécanique à l'Imperial College de Londres, il a découvert le Welsh Harp Reservoir, vaste plan d'eau de 170 hectares au nord-ouest de Londres, où il s'est initié à la course nautique. « J'allais aux quatre coins du pays pour régater contre différentes équipes universitaires. On s'amusait bien », se souvient-il. C'est sa victoire à l'unique course au large universitaire de l'année qui a donné à Phil l'envie de se lancer dans une carrière de compétiteur professionnel.

Et les résultats qu'il a obtenus depuis laissent rêveur. En 2006, Phil a remporté la fameuse Route du Rhum en bouclant son périple entre la France et les Caraïbes avec presque une journée d'avance sur le deuxième. Plus récemment, au début de 2016, lors de l'épuisante Transat Bakerly en solitaire entre Plymouth et New York, après avoir subi d'importants dégâts causés par un ouragan et deux tempêtes, Phil est finalement monté sur le podium malgré une grand-voile déchirée.

Ses exploits ne s'arrêtent pas là. Tout récemment, sur les traces du célèbre navigateur français Francis Joyon, en déployant des efforts surhumains, Phil a établi un nouveau record mondial de la traversée de la Manche en solo sur monocoque, avec un temps de 9 heures, 3 minutes et 6 secondes.  

L'objectif à long terme de Phil est de participer au Vendée Globe 2020, un tour du monde à la voile en solitaire et sans escale de plus de dix semaines, souvent considéré comme la plus emblématique des courses océaniques. Plus de 5 000 personnes ont déjà gravi le mont Everest, et plus de 500 humains ont voyagé dans l'espace, mais moins de 100 marins ont réussi à boucler un tour du monde en solitaire sans escale.

Mais pour l'heure, il s'attache à perfectionner la solution zéro carbone de son bateau, qui pourrait à l'avenir changer la face de la navigation de plaisance telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Un champion dopé au thé

Phil Sharp - crédit : www.philsharpracing.com

Comment gérez-vous la solitude pendant les longues courses ?

Quand j'ai commencé la course au large, je trouvais cela très difficile. S'il y avait un bateau dans les parages, on pouvait discuter un peu avec quelqu'un, mais en général, après les premiers jours, on ne voyait plus aucun navire à l'horizon. On se sentait totalement coupé de la civilisation et de l'humanité.

Les communications modernes par satellite ont-elles changé les choses ?

Oui, bien sûr, le téléphone par satellite est très utile si l'on a une avarie à bord ou pour parler à sa famille. C'est un moyen de reprendre contact avec le monde des hommes. C'est très réconfortant d'entendre une voix au bout du fil. Une fois par jour, ça fait toujours du bien.

Quels sont vos moments préférés ?

Parfois, pendant les coups de tabac, la seule chose que l'on attend avec impatience ce sont les repas. Il faut se faire des petits plaisirs. La mère d'un ami fait de délicieux biscuits aux flocons d'avoine. J'en emporte toujours un petit stock pour mes courses au large. À bord, je me prépare du porridge, histoire d'avoir quelque chose de chaud dans l'estomac. Et pour tenir à la barre pendant les longues nuits, je bois des quantités phénoménales de thé. C'est excellent pour le moral.

Suivez-vous un régime alimentaire particulier ?

J'essaie de consommer entre 3 500 et 4 500 calories par jour. Afin de ne pas trop surcharger le bateau, j'utilise un dessalinisateur pour obtenir de l'eau potable que j'ajoute à mes repas lyophilisés. Je grignote de la viande séchée, des barres de céréales et des fruits frais, ainsi que des sandwichs au fromage pour m'assurer un apport en lipides et en protéines.

Comment occupez-vous votre temps libre pendant une course ?

J'aimerais bien avoir un peu de temps libre, mais en réalité, on n'a jamais une minute à soi. Il y a tellement de choses à faire sur un bateau – calculer son itinéraire, changer les voiles en fonction du vent, ou simplement tourner les voiles...

Vous trouvez le temps de dormir ?

En mer, nous n'avons pas beaucoup le temps de dormir. Si on essaie d'avoir ses sept à huit heures de sommeil, on ne peut pas être compétitif. Il y a des tâches à accomplir jour et nuit. Vous ne pouvez pas vous assoupir plus de 20 à 25 minutes d'affilée, sans quoi vous risquez de perdre de la vitesse, voire de changer de cap. On dort par à-coups et on essaie tant bien que mal d'accumuler quatre heures de sommeil par jour. C'est un minimum pour garder l'esprit clair et être capable de prendre des décisions tactiques.

Qu'est-ce qui est le plus dur sur le plan physique ?

Physiquement, on peut considérablement s'affaiblir. Pendant la Transat Bakerly – une transatlantique en solo de Plymouth à New York –, j'ai perdu la moitié de mes forces. C'est une course très exigeante, où l'on remonte l'Atlantique nord contre le vent. Il faut des semaines pour s'en remettre. Les efforts physiques qu'il faut déployer à bord sont épuisants. On peut rester tranquillement assis à barrer pendant des heures et soudain, il faut bondir et mobiliser toutes ses forces pour hisser une voile. La préparation est très rude. Il est essentiel de continuer à faire un peu d'exercice physique à bord, dans la mesure du possible, et de bien se nourrir pour récupérer ses muscles. 

Sous le pont, des trésors de technologie

L'équipe Energy Challenge développe actuellement un système électrique à hydrogène, autonome et sans émission de CO2, qui est non seulement plus léger qu'un moteur diesel, mais aussi plus fiable, car il exploite plusieurs sources d'énergie.

Le stockage de l'énergie est assuré par une batterie lithium-ion et un système dans lequel un électrolyte est utilisé pour créer de l'hydrogène, qui alimente à son tour une pile à combustible. Il s'agit d'un système léger, qui n'émet aucun gaz de serre, économique à l'usage et pratiquement silencieux.

La division Graphite & Carbone d'Imerys fournit le graphite qui est utilisé dans des batteries au lithium. Ces batteries li-ion, légères et à haut rendement, permettent le stockage de l'énergie. L'Energy Futures Lab de l'Imperial College de Londres joue un rôle clé dans la mise au point de cette technologie.

Le projet Energy Challenge est également innovant au regard des matériaux composites de haute technologie mis en œuvre. Imerys, à travers Imerys Fused Minerals, a participé au développement du coating antidérapant des panneaux solaires qui couvrent une surface de 7 m2 sur le Class40.

« Je peux me déplacer en toute sécurité, même quand des vagues s'écrasent sur le pont, affirme Phil. De ce fait, on peut envisager d'équiper le bateau de davantage de panneaux solaires, car ils peuvent être installés sur le pont. » Pendant les courses, Phil effectuera des mesures des niveaux de dioxyde de carbone, de la vitesse du vent et des températures de surface de la mer afin d'évaluer des modèles climatiques, et relèvera également la présence de polluants plastiques dans les océans.

À terme, Phil espère reprendre cette technologie sur un bateau Imoca 60, plus grand que le Class40 sur lequel il navigue actuellement. Ce voilier sera équipé de panneaux photovoltaïques – un modèle qui n'est pas commercialisé – ainsi que d'une éolienne et d'un hydrogénérateur pour fournir de l'énergie.